

Encore une journée de boulot terminée, classique celle-ci encore, bien que ce soit mon anniversaire… C’est pas le genre de truc qui transforme une journée maintenant.. Quand on est gamin oui, mais une fois adultes, ces journées sont tristes car elles sont injustement normales. Bref, pas la peine de s’apitoyer sur mon sort, je prend un an de plus, voilà tout. Sur la route qui m’amène du travail à la maison mon portable bippe 2 fois, un SMS :
« Fai sonné mon portable kan tu arriv près 2 la maison, je sortirais, on va O resto. Bisous »
A peine surpris quand je referme le clapet de mon portable, je continue ma route. Je sais où on va aller, je sais comment ça va se passer. C’est très sympa de sa part, je le reconnais, ça me fait plaisir quelque part, mais c’était pareil l’an dernier. Je soupire. J’aime pas les anniversaires, encore moins le mien.
A 2 minutes de chez moi, comme prévu, je fais sonner son portable, et j’arrive dans ma rue. Comme prévu, elle est là aussi. Ah... cette année, y’a un gros effort sur la tenue : un chemisier blanc, une jolie jupe noire qui arrive juste au dessus des genoux, en dessous de ceux-ci, des bottes, et entre le cuir et le coton, du nylon noir, des collants ou des bas… Si elle a fait un effort comme ça sur son allure, je sais ce qu’il y a en dessous ! Elle s’habille comme ça pour me faire plaisir, elle n’ira pas mettre des collants... Pas aujourd’hui.
Je m’arrête à sa hauteur, elle monte, un bisou :
« Tu es très belle !
- Merci mon cœur !
- On va où ? Au Neptune ?
Ma proposition n’est pas innocente, c’est là qu’on va (trop) souvent, j’espère qu’elle comprendra là que j’aimerais bien changer.
A ce moment là elle saisit le GPS ventousé au pare-brise et rentre une destination :
- Suis la voix de ta copine dans la boite là ! »
Un peu surpris, je me laisse guider par l’appareil. Emilie est silencieuse pendant le trajet, juste me demande-t-elle si ma journée s’est bien passée
et me parle rapidement de quelques banalités du quotidien. Je pose ma main sur sa cuisse car j’adore la sensation des mailles de ses bas au bout de mes doigts, je tente de remonter ma main vers
le haut de sa cuisse mais d’un coup, elle agrippe ma main et la repose illico sur le pommeau de vitesses :
« Pas touche ! Occupe toi de ta route plutôt ! »
Surpris et presque vexé par cet élan de domination, je remballe mes intentions quand quelques instants plus tard, une douce voix d’humanoïde m’indique que je suis arrivé à destination.
Je tourne la tête, un néon bleu éclaire la nuit tombé, « L’auberge », nom pas très original pour ce resto déposé sur le bord de cette départementale. Je me gare sur le parking en graviers avec une douzaine d’autres véhicules, je laisse Emilie descendre, lorgnant discrètement sur ses jambes, espérant apercevoir au moment où elle se lèvera un petit morceau de dentelle qui me rassurera sur la façon dont elle a habillé ses jambes. Non, rien vu, tant pis, je me lève, ferme la voiture, et laisse ma belle entrer dans cet établissement qui, je l’espère, arrivera à rassasier ma faim de loup.
« Bonjour, nous avons réservé une table au nom de Lepage.
-Veuillez me suivre , nous indique le serveur. »
On s’installe sur une table assez à l’écart, dans un coin discret, voilà déjà un bon point, moi qui déteste manger dans l’assiette du voisin. Le serveur nous propose un apéritif, kir pour Emilie, whisky pour moi. En face de moi, Elle n’est pas comme d’habitude, elle a le sourire crispé, je la sens tendue et impatiente à la fois. Nos boissons nous sont servies, je lève mon verre pour trinquer, elle se penche alors pour attraper son sac à main, en sort un petit album photo, attrape son verre de l’autre main, fais cogner nos deux verres, puis pose l’album devant moi.
« Bon anniversaire. »
Je reste bête devant cet album. A peine m’ai-je entendu balbutier un merci. J’avale une bonne rasade de whisky et va pour découvrir ce qu’enferme ce mystérieux album rouge. Est-ce à cause de ça qu’elle soit aussi tendue ? Ce resto, ces vêtements, tout ça pour cet album ? A peine ma main a effleuré la couverture de mon cadeau que sa main vient violemment aplatir la mienne. Elle retrouve d’un coup le sourire, je le connais ce sourire, c’est son sourire joueur, elle a un plan, je le sens.
« Il va falloir le mériter ton cadeau ! me dit-elle, enjouée.
Je nage complètement ! Mériter un album photo ! Qu’est ce qu’il a de si précieux pour qu’il faille « le mériter » ! Voyant bien que c’est le brouillard dans ma tête, Emilie m’explique :
- Cet album contient plusieurs photos, une par page, pour l’instant, elles sont cachées par une feuille de papier de la même taille que j’ai glissé devant la photo.
Emilie ouvre la première page de l’album, en effet, on n’y voit aucune photo, juste un papier sur lequel est inscrit le chiffre 1, d’un coup, elle
reprend toute mon attention :
- On va jouer !
Cette phrase me décolle un sourire. Elle me connaît !
- Je vais te demander de faire des choses, si tu les acceptes et que tu réussis, tu pourras regarder les photos. Une épreuve par photo, pas de rattrapage, si tu refuses ce que je te demande, ou que tu ne réussis pas ce à quoi je t’attendais, la photo sera détruite, perdue, pour de bon. Je n’ai pas de double, j’ai jeté les négatifs !
Oh oui, elle me connaît, j’aime les défis. J’aime les surprises, celles auxquelles je pouvais m’attendre à tout sauf à ça, les vraies surprises, pas comme le resto et les bas. Emilie se penche vers moi, reprend son verre à la main, me regarde dans les yeux.

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